
André Malraux : le vendredi sera féminin ou ne sera pas
Herbert Matter. Nude in a Net, 1940
alt : une pécheresse dans un filet le bras levé
Herbert Matter naquit en 1907 à Engelberg, village montagnard suisse, où il était inévitable de découvrir l’une des deux plus belles collections d’art graphique médiéval d’Europe. En 1925, il entra à l’École des Beaux-Arts de Genève, mais après deux ans, l’attrait du modernisme le conduisit à Paris. Il y intégra l’Académie Moderne sous la tutelle de Fernand Léger et d’Amédée Ozenfant. Si le premier devint un ami proche et indéfectible, tous deux encouragèrent Matter à élargir ses horizons artistiques.
En Europe, à la fin des années 1920 et au début des années 1930, le champ créatif du graphisme était sans limites. La photographie journalistique, imaginative et manipulatrice exerçait une influence révolutionnaire et Matter, passionné de photographie depuis longtemps, commença à expérimenter avec le Rollei, à la fois comme outil de création et comme moyen d’expression – une relation qui ne prit jamais fin. Inspiré par le travail d’El Lissitzky et de Man Ray, Matter était intrigué par les photogrammes, ainsi que par la magie du collage et du montage – deux modes d’expression qu’il affectionnait particulièrement.
En 1929, son entrée dans le monde du graphisme se concrétisa lorsqu’il fut engagé comme dessinateur et photographe par la légendaire maison Deberny et Peignot. Il y apprit les subtilités de la typographie de qualité, tout en assistant A.M. Cassandre et Le Corbusier.
En 1932, brutalement expulsé de France faute de papiers en règle, il revint de Suisse pour tracer son propre chemin. « Le parcours d’Herbert est fascinant et enviable », confie Paul Rand, autre figure emblématique du design. « Il a baigné dans un univers graphique exceptionnel et s’est formé auprès des plus grands. » Dès lors, rien d’étonnant à ce que les célèbres affiches conçues pour l’Office du tourisme suisse peu après son retour mêlent la beauté et l’intensité de Cassandre à la perfection géométrique de Le Corbusier, le tout imprégné d’une vision personnelle singulière.
En 1936, Matter se vit offrir un voyage aller-retour aux États-Unis en guise de paiement pour son travail avec une troupe de ballet suisse. Parlant peu anglais, il parcourut néanmoins les États-Unis. Une fois la tournée terminée, il décida de rester à New York. Sur les conseils d’un ami travaillant au MoMA, Matter alla rencontrer Alexey Brodovitch, qui collectionnait les affiches de voyage suisses (dont deux étaient accrochées au mur de son atelier). Matter commença bientôt à réaliser des photographies pour Harper’s Bazaar et Saks Fifth Avenue. Plus tard, il s’associa au studio photographique « Studio Associates », situé près des bureaux de Condé Nast, où il produisit nombre de ses plus belles œuvres.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Matter créa des affiches remarquables pour la Container Corporation of America. En 1944, il devint consultant en design chez Knoll, façonnant son identité graphique pendant plus de douze ans. Comme le souligne Alvin Eisenman, directeur du département de design de Yale et ami de longue date : « Herbert avait un sens aigu du détail, comme en témoigne la typographie remarquable qu’il réalisa pour les catalogues Knoll. »
En 1952, Eisenman lui proposa de rejoindre la faculté de Yale en tant que professeur de photographie et de graphisme. « C’était un professeur exceptionnel », se souvient Eisenman. « Parmi ses étudiants figuraient certains des plus grands noms du domaine aujourd’hui. » À Yale, il s’essaya à l’architecture, concevant des espaces de travail dans des bâtiments conçus par Louis Kahn et Paul Rudolf. « Il réussissait tout ce qu’il entreprenait », poursuit Eisenman. En 1954, il fut chargé de créer l’identité visuelle de la New Haven Railroad. Le logo « NH », omniprésent avec ses empattements allongés, devint l’un des symboles les plus reconnaissables d’Amérique. Son affinité pour l’art moderne, d’avant-garde et non figuratif était toujours manifeste, non seulement dans son œuvre, mais aussi dans ses amitiés les plus profondes.
source : herbertmatter.org





