
mignonne allons voir si la rose a point perdu ceste vesprée Les épines de sa robe pourprée Et son teint au vostre pareil
Pierre de Ronsard
alt : une épine de rose sur la langue d’une jeune femme

cette nuit à 2 heures du matin le porte-parole du gouvernement vous lira un poème sur le changement d’heure
Seven Arts Cafe, New York City, 1959. Some of the best poets of the day performed at this Ninth Avenue venue, near Times Square – from Kerouac, Ginsberg and Corso to Ray Bremser and Diane di Prima. Photograph by Burt Glinn
tag : printemps des poètes
alt : un couple dans un escalier attendant l’heure de la lecture de poèmes
téléréalité : mort de Loana
After Death (1915) Yevgeni Bauer
Rappelez-vous l’objet que nous vîmes sur M6, mon âme,
Ce beau matin d’été si doux:
Au détour d’un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l’air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d’exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s’élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d’un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l’eau courante et le vent,
Ou le grain qu’un vanneur d’un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d’un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu’elle avait lâché.
– Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !
(Charles Baudelaire)

Il dort dans le soleil la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit
Arthur Rimbaud, le dormeur du val / Untitled (from Soldiers series), Photo by Adi Nes, 2000
alt : Un soldat jeune, tête nue, dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid

les maisons molles
Salvador Dali / Debbie Fleming Caffery, Hurricane Katrina and Rita, menacing day in the 9th ward, 2005 (site web)
tags : avec la pluie va tout s’en va (Léo Ferré), quand le ciel bas et lourd (Charles Baudelaire)
alt : après l’ouragan et les inondations, une maison de planches affaissée sous un ciel menaçant

Et je m’attache dans l’eau verte de l’absinthe
À suivre éperdument par l’hiver alléché
Et la neige de leurs beaux corps aux fleurs éteintes
Des femmes que l’amour a métamorphosées
la bouteille et le verre (Antonin Artaud) / The Hands of Antonin Artaud, Photo by Man Ray, 1922
tags : faites vos jeux rien ne va plus, la magie du sucre, AA
alt : des mains font tourner les sucres sur un guéridon
texte complet :
La lave verte de l’absinthe a submergé
Le beau soir suspendu dans l’air avec ses rames
Et fait monter dans la bouteille aux lames calmes
Les étoiles d’un jour interne et plus léger.
Dans les glaces du bar où la lune a neigé
S’écoule la fontaine de la place publique,
Où tournent frénétiquement les mécaniques
D’autos fuyant avec des yeux diamantés.
Et je m’attache, dans l’eau verte de l’absinthe,
À suivre éperdument par l’hiver alléché
Et la neige de leurs beaux corps aux fleurs éteintes
Des femmes que l’amour a métamorphosées.