Je suis sous sous sous Sous les cariatides Comme Roméo Oh-oh Marie-Christine
Claude Nougaro / Les Dites Cariatides (1984) Agnès Varda
tags : dôme de pierre, gaz à tous les étages, puissance tutélaire
alt : déambulation sous les balcons de Paris
merci à @moderation.bsky.app d’avoir apposé une étiquette « nudité non sexuelle » sur ce contenu
hâte de voir les guides touristiques gérés par IA avertissant les touristes « sensibles » de la présence de statues partiellement dénudées dans les rues de Paris et leur déconseillant de sortir de l’hôtel
CARIATIDE, CARYATIDE, subst. fém.
ARCHIT. Statue de femme, plus rarement d’homme, tenant lieu de colonne ou de pilastre et soutenant sur sa tête une corniche, une architrave, un balcon, etc. Cariatide féminine, cariatide-pilastre.Une immobilité de cariatide :
Les cariatides adossées aux piles du portique font partie de ces piliers par leur forme aussi bien que par la manière monumentale dont elles sont traitées. Viollet-le-Duc, Entretiens sur l’archit.,t. 2, 1872, p. 219.
♦ Emploi subst. apposé avec valeur adj.Des monstres cariatides se tordent affreusement sous l’énorme pression et font de la peine aux yeux (T. Gautier, Italia,Voyage en Italie, 1852, p. 316).
− Au fig., péj. [P. réf. à l’immobilité de la cariatide] Femme qui se tient à l’entrée d’un mauvais lieu. Cariatide de lupanar (Bloy, Le Désespéré,1886, p. 206).Mlle Pynsaert était devenue une des cariatides du Nain jaune. Tous les soirs (…) elle s’asseyait la première à la table (Reider, Mlle Vallantin,1862, p. 125).
Rem. La plupart des dict. gén. enregistrent l’adj. cariatidique, caryatidique. Archit. Qui a rapport aux cariatides.
Étymol. et Hist. 1. 1546 subst. Caryatides et adj. colonnes Caryatides (J. Martin, Hypnerotomachie ou Discours du Songe de Poliphile, 14 vo, trad. fr. d’un texte ital. de Fr. Colonna d’apr. M. Cagnon et S. Smith ds Cah. Lexicol., 1971, p. 103); 2. 1550 cariatide (S. Serlio, Des Antiquites. Le troisiesme livre translaté d’ital. en franchois, chap. III, 2 v, ibid.). Empr. peut-être par l’intermédiaire de l’ital. cariatide xvies. ds DEI, au lat. impérial caryatides, gr. κ α ρ υ α ́ τ ι δ ε ς, subst. fém. plur., proprement « femmes de Karyes (bourg de Laconie) », terme d’archéol. D’apr. Vitruve, 1, 1, 5 ces femmes emmenées captives après la destruction de Karyes qui avait soutenu les Perses lors de l’invasion de Xerxès, servirent de modèle aux statues construites en forme de colonnes. Pour des raisons hist. et archéol., il semble plutôt que κ α ρ υ α ́ τ ι δ ε ς désigne des jeunes filles célébrant les fêtes d’Artémis Karyatis ainsi nommée en raison du temple où on l’honorait à Karyes. Fréq. abs. littér. Cariatide : 90. Caryatide : 2. Bbg. Hope 1971, p. 280. − Sar. 1920, p. 22.
En géologie une faille est une structure tectonique consistant en un plan ou une zone de rupture le long duquel deux blocs rocheux se déplacent l’un par rapport à l’autre. Ce plan divise un volume rocheux en deux compartiments qui ont glissé l’un par rapport à l’autre dans un contexte de déformation fragile.
Wikipédia / Laura Aguilar, Untitled, from the series Grounded, Joshua Tree National Park (site web)
tags : l’être humain est un bloc de rocheux comme les autres, tu es pierre et sur cette pierre, on sent la paille
alt : une faille rocheuse se prolonge par le sillon interfessier séparant les deux masses charnues à la partie postérieure du bassin d’une représentante de l’espèce humaine
La série Grounded (2006-2007) de Laura Aguilar fait suite à Nature Self-Portrait (1996) (première série d’autoportraits de nus en pleine nature réalisée par la photographe Laura Aguilar. Cette série marque un tournant important dans le travail de l’artiste, qui, auparavant, avait exploré le portrait (Latina Lesbians, Plush Pony), les nus d’autrui (Clothed/Unclothed, 1990-1994) et les autoportraits de nus (Three Eagles Flying, In Sandy’s Room, 1990) pris en studio plutôt qu’en extérieur), Stillness (1999), Motion (1999) et Center (2000), et constitue sa dernière série d’autoportraits nus en pleine nature, réalisée avant son décès en 2018. Aguilar a choisi le parc national de Joshua Tree comme toile de fond écologique pour cette ultime série. L’artiste ressentait une profonde affinité, presque familiale, pour les couleurs chatoyantes et les imposants rochers qui encadrent le paysage et son corps. C’était pour elle un lieu de communion spirituelle et de paix. Grounded est sa série d’autoportraits nus en pleine nature la plus spectaculaire et la plus captivante visuellement. Ces images numériques sont les œuvres en couleur les plus emblématiques de son travail.
alt : une femme a installé des supports dans son salon pour faire sa gym et travailler ses bras, un chat caché dessous tend la patte pour lui toucher les fesses
La mutilation mammaire des Amazones : un mythe de la médecine grecque ?
The breast mutilation of the Amazones : a myth of Greek medicine ?
Jacques Boulogne
Ni les peintres, ni les sculpteurs antiques ne représentent les Amazones privées du sein droit. Or le mythe, dans sa version la plus répandue, fait état, dès l’antiquité, d’une mutilation volontaire destinée à faciliter le maniement des armes de jet. D’où vient donc le motif de la mutilation mammaire chez les Amazones ? Son apparition dans la tradition littéraire tient, semble-t-il, à la conjugaison, au cours de la seconde moitié du Ve siècle avant notre ère, de l’étymologie fondée sur une conception philosophique qui donne aux mots le pouvoir de livrer la nature de leurs référents et de la physiologie hippocratique, qui veut qu’une atrophie artificielle pratiquée localement avant la croissance d’un enfant peut provoquer, par dérivation de la nutrition, une hypertrophie des parties corporelles voisines.
1 À l’entrée « Amazones », le Petit Larousse 2003 donne à lire : « Peuplade de femmes guerrières établies sur les bords de la mer Noire. Elles tuaient leurs enfants mâles et brûlaient le sein droit de leurs filles pour que celles-ci tirent mieux à l’arc. » Reprise abrégée du Grand Larousse de 1960, cette définition montre que dans l’imaginaire occidental contemporain le mythe des Amazones implique la caractéristique d’une mutilation mammaire.
2 Or nulle part dans l’iconographie antique conservée nous ne trouvons la moindre trace d’une telle particularité physique. Et, concernant les représentations scripturaires qui nous sont parvenues, il faut attendre le début de la seconde moitié du siècle de Périclès pour y voir mentionné pour la première fois ce qui au fil de la tradition est ensuite devenu un des traits principaux de ces femmes mythiques. D’Homère à Hérodote, elles sont plutôt décrites comme des guerrières viriles, hostiles à la gent masculine et tueuses d’hommes.
3 D’où une double interrogation : pourquoi les Grecs ont-ils inventé que les Amazones se mutilent la poitrine, et pourquoi l’ont-ils fait relativement tard ? La réponse tient peut-être à la conjonction de trois rationalismes, celui des enquêtes sur des civilisations étrangères menées par les premiers ethnographes, celui d’une réflexion théorique sur le langage conduite par les philosophes, notamment les sophistes, et celui des spéculations physiologiques de la médecine de Cos. Telle est l’hypothèse de travail que je propose d’examiner en essayant de démêler les entrelacs de trois types de savoirs, ethnologique, étymologique et médical, qui se confortent réciproquement en un système cohérent, où mythe et science finissent par fusionner pour constituer dans l’esprit des Anciens une vérité indubitable.
4 À cette fin, je passerai successivement en revue ce qu’apportent à la construction du poncif des Amazones mutilées l’imaginaire ethnographique, l’imaginaire des étymologies et l’imaginaire de la pensée hippocratique. La question de savoir si ces femmes ont réellement existé ou non n’entre pas dans mon sujet.
5 La base de cette construction à trois étages dépend d’un postulat ethnocentrique et du schème cognitif de l’inversion utilisé pour rendre intelligible l’altérité. Face à l’inconnu, l’esprit humain s’efforce de satisfaire sa curiosité ou de surmonter sa peur au moyen d’une réduction au connu qui érige en normes universelles ses pratiques idiosyncrasiques. Les Grecs n’échappent pas à la règle : ils considèrent tout spontanément leur pays comme le centre du monde, c’est-à-dire comme le lieu naturel de tous les équilibres, et par suite comme le siège par excellence de la perfection, en particulier climatique et anthropologique. On le voit bien avec le traité hippocratique Airs, Eaux, Lieux, berceau de la théorie des climats, qui détaille les conditionnements physiques et mentaux par les divers biotopes en fonction des saisons, et qui fait de la Grèce d’Asie, la région natale de l’auteur, l’espace de vie idéal. Dès lors, plus on s’éloigne de ce centre-là, plus les conditions d’existence se dégradent en raison de déséquilibres qui s’intensifient progressivement pour atteindre des extrêmes vers les périphéries les plus éloignées. Et, quand les écarts par rapport à ce qui est tenu pour normal dépassent les limites de l’expérience habituelle, les différences sont appréhendées comme des déformations résultant d’inversions, ou, pour le dire autrement, sont identifiées, et par là même comprises, en termes de réversibilité, ce qui permet de rendre familier l’étrange tout en lui laissant sa part d’altérité. Du coup, la réalité décrite relève à la fois de l’en-soi et du pour-soi ; elle n’est ni totalement objective, ni totalement fantaisiste ; on a affaire à un mixte où fiction et réel se mêlent étroitement. Bref, il s’agit d’une représentation avec toute la complexité des savoirs qu’elle implique.
5 Dans son essai Les Grecs ont-ils cru a leurs mythes ?, p. 33 et alibi.
6 Avec le thème des Amazones, qui flotte entre mythe et histoire, nous rencontrons les mêmes procédures intellectuelles. Afin de rendre compte des mœurs insolites des Sauromates, une peuplade scythe vivant à l’Est du fleuve Tanaïs, le Don actuel, Hérodote (4, 110-117) rapproche cette société de celle des Amazones du fleuve Thermodon, en Cappadoce, deux sociétés de guerrières. À vrai dire, l’historien-ethnographe n’évoque les Amazones qu’en creux, à partir des femmes sauromates, dont il fait les descendantes de ces dernières. Ici, le raisonnement fonctionne en boucle : ayant besoin d’une grille de lecture pour interpréter un comportement féminin opposé à celui des femmes grecques, Hérodote recourt au mythe des Amazones. Nous donnons au concept de mythe le sens de discours traditionnel invérifiable et donc non-réfutable, qui, selon le “programme de vérité” activé, pour reprendre la formule de Paul Veyne5 est soit à rejeter comme fabuleux, soit à prendre en considération comme donnant de l’intelligibilité au monde visible. En l’occurrence, le mythique éclaire l’historique, et inversement l’historique apporte un fondement au mythique. En effet, Hérodote rapporte une sorte de roman d’aventures qui imagine le scénario suivant.
7 Un contingent d’Amazones prisonnières, après leur défaite dans la bataille du Thermodon, réussissent, au cours de la traversée du Pont-Euxin, à massacrer les Grecs qui les emmènent en captivité. Ignorant tout de la navigation, elles échouent en Scythie où elles volent des chevaux et vivent de chasse et de pillage, suscitant l’hostilité des indigènes, qui les prennent pour des hommes jusqu’au jour où ils s’aperçoivent de leur méprise. Ils décident alors d’apprivoiser ces étrangères étonnantes pour avoir avec elles des enfants. Comme le désir est partagé, les unions stables se multiplient. Mais les Amazones refusent de se joindre aux autres épouses scythes, car elles entendent garder leurs coutumes.
6 Traduction de Legrand, 1960.
« Nous ne saurions demeurer avec les femmes de chez vous, leur fait dire Hérodote (4, 114), car nos habitudes ne sont pas les mêmes que les leurs. Nous, nous tirons de l’arc, nous lançons le javelot, nous montons à cheval ; nous n’avons pas appris de travaux féminins ; les femmes de chez vous ne font rien de ce que nous avons dit, elles s’occupent à des travaux féminins, restant dans les chariots, sans aller à la chasse, ni nulle part ailleurs. Nous ne pourrions donc nous accorder avec elles ».
8 C’est ainsi qu’elles franchissent le Tanaïs en compagnie de leurs époux pour donner naissance, dans une contrée plus à l’Est, à l’ethnie des Sauromates, où les femmes, écrit Hérodote (4, 116),
7 Toujours dans la traduction de Legrand.
« vont à la chasse à cheval, et avec leurs maris et sans eux ; elles vont à la guerre ; elles portent le même accoutrement que les hommes ».
9 Aucune allusion à une quelconque mutilation mammaire. Ce motif n’est pas encore jugé nécessaire à la cohérence de l’histoire. De fait, contrairement à l’opinion de Diodore de Sicile, une poitrine saillante n’est pas un handicap pour lancer des javelines ou décocher des flèches. Le prouvent clairement les concours modernes d’athlétisme. Nous sommes donc en présence d’une invention apparemment saugrenue, mais qui répond à une exigence logique : ces filles d’Arès, nées pour combattre des hommes à la guerre, rétives à toute domination masculine et complètement masculinisées dans leur genre de vie, ressemblent à des êtres dénaturés au point de vouloir faire disparaître leur identité sexuelle ; du coup, leur conserver une poitrine conforme à la nature les rattache contradictoirement à la féminité qu’elles rejettent, telle du moins qu’elle est conçue par les Grecs. Strabon pousse jusqu’au bout les conséquences de la dénaturation en soulignant que les Amazones se confectionnent avec des peaux de bêtes sauvages des équipements de cuir pour faire la guerre, ce qui les transforme en animaux féroces et les éloigne encore plus de la douceur propre à l’image conventionnelle de la femme9. Toutefois, cette logique de l’imaginaire masculin horrifié par l’idée de gynécocratie – l’extermination des Amazones libyennes par Héraclès est présentée, chez Diodore de Sicile, comme une mission civilisatrice destinée à libérer les peuples gouvernés par des femmes – ne se trouve pas, semble-t-il, stimulée avant les analyses du langage entreprises par les philosophes, en particulier Protagoras, Prodicos de Céos, Cratyle et Antisthène.
10 Selon Hérodote (4, 110), le mot grec ‘҆AμααζόνεЅ correspond au mot scythe Oἰόρπατα, dont il est par conséquent la traduction et qui signifie “tueuses d’hommes” (άνδροκτόνιοι). Si Oἰόρπατα est bien une transcription phonétique du scythe, il n’en va pas de même pour ‘҆AμααζόνεЅ, dont l’origine n’a rien de grec et qui paraît provenir d’une translittération d’un ethnique hittite ou iranien. Quoi qu’il en soit, le terme, regardé comme l’exact équivalent d’ Oἰόρπατα, revêt nécessairement le même sens, ce qui rejoint une étymologie contemporaine d’après laquelle le mot est tiré du nom d’une tribu iranienne de guerriers appelés ha mazan, et surtout la qualification homérique d’άντιάνάνειραι, dont l’ambivalence sémantique –hostilité aux hommes, égalité en virilité avec les hommes– connote l’idée de capacité à tuer des hommes. Or l’absorption du substantif dans la langue grecque a substitué à cette signification celle de “privées de seins ”. Oubliant la provenance exogène du vocable, les spécialistes antiques de l’étymologie y ont vu un mot composé de μαζός (sein) et du préfixe privatif ά- (sans).
15 Selon des étymologies modernes, le nom pourrait signifier “femmes qui vivent entre elles” (ἄμα + la (…)
11 Quand le changement étymologique s’est-il effectué ? Diodore de Sicile (ibidem) est le premier, du moins pour les textes sauvés de l’oubli, à nous rapporter cette explication. Mais celle-ci ne date pas du premier siècle de notre ère et il est probable qu’elle remonte au moins à l’époque du traité Airs, Eaux, Lieux, où pour la première fois dans la tradition sauvegardée il est affirmé que des femmes se mutilent la poitrine. Le thème de la mutilation, qui ne provient pas de l’iconographie puisqu’il en est entièrement absent, précède-t-il le texte hippocratique ou en découle-t-il ?
12 La pratique de l’étymologie par les poètes atteste de l’ancienneté des explications par les rapprochements onomastiques. De surcroît, les discussions philosophiques sur la justesse des mots et la capacité du langage à énoncer la nature des choses prennent un essor important à partir d’Héraclite et connaissent un moment fort avec les sophistes, mais aussi avec des penseurs tels Cratyle, disciple d’Héraclite, ou Antisthène, disciple de Socrate et fondateur du cynisme. En témoigne le dialogue de Platon précisément intitulé Cratyle, qui dénonce, non pas les absurdités des étymologies que de nos jours nous qualifions improprement de “populaires”, mais les abus où tombent certains de leurs adeptes pour défendre la thèse que l’étude des mots est un moyen sûr de connaître leur référent : l’étymologie peut se révéler utile dès lors qu’elle fait sens, à condition toutefois qu’elle ne dispense pas la connaissance de s’adresser aux choses elles-mêmes et qu’elle reçoive la confirmation d’autres arguments. Il est, par conséquent, peu vraisemblable dans ce genre de contexte qu’après s’être approprié le mot la langue n’ait pas suggéré aux auteurs de discours le rapprochement avec le substantif μαζός.
13 Mais il est un autre argument, décisif à lui seul, qui démontre l’antériorité de l’étymologie sur le texte d’Hippocrate. Celui-ci : dans le chapitre d’Airs, Eaux Lieux qui nous intéresse (17, 1), ne mentionne pas les Amazones ; il parle des femmes sauromates ; cependant il est manifeste que pour lui ce sont là des synonymes, comme le comprend Galien qui, afin de commenter l’aphorisme Il ne naît pas de femme ambidextre, cite notre passage d’Airs, Eaux, Lieux en substituant au nom des Sauromates celui des Amazones. Donc, Hippocrate mobilise le mythe de la mutilation mammaire induit par l’étymologie en vigueur de son temps et dont il s’empare pour penser une réalité ethnique déroutante.
14 Et ce faisant, Hippocrate confère au mythe un fondement scientifique qui change la fiction en vérité. Voici ce qu’il nous dit à la fin du chapitre consacré aux femmes des Sauromates :
19 Traduction de Jouanna, 1996.
« Elles n’ont pas de sein droit : alors qu’elles sont encore de tout jeunes enfants, leurs mères, faisant fortement chauffer un appareil de bronze fabriqué spécialement à cet effet, l’appliquent sur le sein droit et le brûlent de manière que sa croissance soit arrêtée et que toute la force et toute la quantité (de nourriture) se reportent vers l’épaule droite et le bras droit ».
15 Deux remarques s’imposent. D’abord, la raison de cette brûlure n’a rien à voir avec celle qu’avancent Diodore et Strabon, ou encore le mythographe Pseudo-Apollodore : il ne s’agit pas de supprimer une gêne possible pour le maniement des armes de jet, mais d’augmenter la vigueur du bras droit, en atrophiant artificiellement le sein droit et provoquant ainsi une dérivation des éléments nutritifs du corps vers la partie voisine. La physiologie vient au secours de l’imaginaire ethnographique qu’elle rend crédible par l’explication scientifique qu’elle apporte.
16 En second lieu, notons que c’est la croyance mythique qui permet au médecin d’interpréter le sens peut-être de marques corporelles qui devaient être des tatouages ou des scarifications à valeur symbolique ou esthétique. Il commet la même erreur d’interprétation, toujours à propos des Scythes, avec les personnages qu’il appelle Anariées, des shamans au pouvoir social très puissant, mais qu’il assimile à des impuissants sexuels parce qu’ils portent des tuniques longues comme celles des femmes et exhibent autour du cou des cicatrices. Ici encore le savoir médical s’interpose pour rendre compréhensible un statut hybride d’homme- femme ; mais cette fois il n’y a plus la médiation d’un mythe, et l’étymologie, au lieu de préexister, prolonge l’identification. Persuadé que pour des raisons climatiques les Scythes souffrent d’un excès d’humidité qui les frappe d’impuissance, Hippocrate imagine que certains d’entre eux, les riches, croyant bien faire malgré leur méconnaissance de l’anatomie, ont voulu assécher leur humidité par son contraire, en s’appliquant sur le cou des fers rougis au feu, ce qui n’a pas manqué d’aggraver le mal. En effet, ces cautérisations ont fermé irrémédiablement les conduits par lesquels, d’après le médecin de Cos, le sperme descend du cerveau vers l’appareil génital. Et c’est parce qu’ils ont renoncé à toute guérison qu’ils se résolvent à porter des vêtements féminins, afin de signaler la perte définitive de leur virilité. D’où le nom d’Anariées, que leur attribue l’auteur du traité, déformation de celui d’Énarées employé par Hérodote25, qui probablement translittère la prononciation d’un mot scythe, une déformation très significative et grosse de l’étymologie induite par le système interprétatif mobilisé, puisque le terme suggère d’y voir la paronomase d’un composé du mot ἄνδρεЅ (hommes de sexe masculin) précédé du suffixe privatif άν- (sans), et par suite de lui attribuer l’acception de ‘privés de virilité’.
17 Bref, dans le cas des Anariées comme dans celui des femmes sauromates, la démarche cognitive se trouve faussée par des représentations reposant sur un savoir médical transposé inadéquatement, mais efficacement au regard de l’attente d’une explication satisfaisante aux yeux de la science du moment, puisqu’elle fournit des réponses cohérentes, en accord avec le savoir médical le plus avancé, aux interrogations suscitées par des réalités humaines étonnantes.
27 Voir Géographie, 11, 5, 3.
18Pour conclure, disons qu’il apparaît que le motif de la mutilation mammaire des Amazones, s’il n’est pas à proprement parler une invention de la médecine grecque, doit néanmoins sa prospérité à la médecine, qui le légitime scientifiquement, parce que le mythe permet au médecin d’expliquer une particularité ethnique très exotique. La triple intrication de l’étymologie, de l’enquête ethnographique et de la physiologie hippocratique métamorphosent le fabuleux et l’erroné en une évidence d’autant plus difficile à briser que les trois composantes de cette construction intellectuelle se corroborent mutuellement en cercle fermé. C’est là, peut-être, la réponse à l’étonnement de Strabon devant la permanence des récits fantastiques dont les Amazones sont l’objet encore de son temps. Il n’est pas surprenant non plus dans ces conditions que Galien, habituellement plutôt méfiant à l’égard des mythes, se réfère aux Amazones comme à une réalité historique indiscutable et qu’il utilise le thème de la mutilation mammaire comme preuve a fortiori de la véracité de l’aphorisme hippocratique sur l’impossibilité pour une femme d’être ambidextre, puisque même les Amazones, si viriles pourtant, n’y parviennent pas à cause de l’hypertrophie de leur bras droit.
19 Il ressort également de cette étude de cas que le savoir scientifique le plus rigoureux n’échappe pas à l’imaginaire, soit qu’il s’en nourrisse en l’accommodant à ses exigences, soit qu’il le génère.
20 Reste la question de l’absence du motif de la mutilation mammaire des Amazones dans les représentations iconographiques ; la caution de l’étymologie par la médecine rationaliste de Cos n’a pas suffi à l’imposer aux peintres et aux sculpteurs. Est-ce parce que ces derniers dépendent de traditions familiales et corporatives à part ? Est-ce pour des raisons d’ordre esthétique ? Mais nous nous heurtons, ici, à un autre problème, et ce n’est plus notre sujet.
Bibliographie
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Jacques Boulogne, « La mutilation mammaire des Amazones : un mythe de la médecine grecque ? », Pallas [En ligne], 78 | 2008, mis en ligne le 13 janvier 2009, consulté le 07 mai 2026. URL : http://journals.openedition.org/pallas/14209 ; DOI : https://doi.org/10.4000/pallas.14209
alt : les ombres longues d’Anne et de sa soeur Fremen, assises sur le sable de Dune, guettant la venue du Faiseur
Les Fremen nomment ces vers « Shai-Hulud ». Ils se déplacent sous terre dans l’immense désert d’Arrakis et sont vitaux pour l’écosystème de la planète. Les natifs font très attention quand ils marchent sur le sable afin de ne pas déranger l’animal, très sensible aux vibrations. Le Shai-Hulud est en effet aveugle et se dirige grâce au son. Si on ne sait pas comment se déplacer dans le désert, on peut vite finir au fond de la gueule d’un ver
Les créatures font partie de ce qu’on appelle « le cycle de l’Epice » ; ce sont elles qui sécrètent cette drogue recherchée dans tout l’univers. Ces titans des sables peuvent mesurer jusqu’à 400 mètres de long. La gueule des vers mâles peut atteindre 80 mètres de diamètre. Un ensemble de plusieurs milliers de dents de cristal de carbo-silice organique entourent l’orifice buccal dans un motif circulaire. Un ver femelle atteint la maturité sexuelle après environ 1000 ans. Quant au ver mâle, il arrive à maturité après environ 1100 ans.
Une version maléfique du Shai-Hulud existe, le « Shaïtan » (diable en arabe). Ce dernier est très agressif et peut gober des villages entiers dans sa gueule gargantuesque. Quand ils se déplacent, les vers des sables font vibrer le désert tout entier et provoquent des secousses dans le sable.
gif érotique : le format de fichier incontournable de l’animation en boucle
Bitter Moon (Lunes de Fiel), 1992, Roman Polanski, Emmanuelle Seigner
tags : les scènes sur lesquelles j’ai usé mes cassettes VHS, Des heures des heures de voltige en couleur (Alain Bashung)
alt : Emmanuelle Seigner répétant obligeamment à l’infini une chorégraphie de grand écart assis dévoilant son intimité
synopsis : Sur un paquebot de croisière les emmenant en Inde, les Britanniques Nigel et Fiona font la connaissance d’un autre couple aussi étrange que provocateur, composé d’un écrivain américain infirme et quinquagénaire nommé Oscar (Peter Coyote) et d’une jeune danseuse française, Mimi (Emmanuelle Seigner). Très vite la sensualité de Mimi attire Nigel (Hugh Grant).
tag : C’est l’amour a la plage (aou cha-cha-cha-cha) (Niagara)
le temps, il passe lentement, ici, il ne fait pas trop mal. j’aime bien ce travail, j’aime la vue devant soi. ici, c’est nulle part, une plage comme une propriété bien soignée. il sont tout le temps en train de la nettoyer, de ramasser la poussière, de ratisser ou alors ils passent la charrue avec la herse, c’est comme un champ avec des glaneurs, c’est comme une moquette couleur sable, et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis. sable, corps de sable et de lait, corps, en anglais, corpse, ça veut dire cadavre. que peut-on dire du corps d’un homme que j’ai aimé ? sinon que douleur ressemble à douceur, sinon que dans toute l’ombre où je circule, ombre sans désir, le corps de Tom est resté clair, comme l’objet du désir, une idée, une image, un mot, corps
la plupart des boutiques seront fermées pour le 1er mai
The Image (1975) Radley Metzger
tags : aérer la boutique, petit commerce charnel, travailleurs et travailleuses du sexe
alt : un petit commerçant (ou un régisseur de théâtre) baisse le rideau sur le pubis de la petite boutique
il n’y aura pas non plus de lever de rideau au Théâtre du Vieux-Colombier, au Studio-Théâtre ou à la salle Richelieu qui seront en relâche exceptionnelle le 1er mai. comedie-francaise.fr